l'Histoire de la chanson
Le fameux Stewball que Hugues Aufray a immortalisé dans sa chanson écrite par Pierre Delanoë est un cheval qui a une longue histoire dans la ballade anglo-saxonne.Stewball est donc venu en France à partir des Etats-Unis. Encore faut-il savoir qu'il est arrivé en Amérique du Nord avec les immigrants irlandais.
On raconte en effet que vers 1790, une course de chevaux eut lieu à Kildare en Irlande et que l'on y vit courir un cheval blanc à taches alezanes appartenant à Sir Arthur Marvel (ou Marble) et une jument grise , selon les versions, appartenant à Sir Ralph Gore. De toute évidence le cheval tacheté, Skewbald, l'emporta, ce qui eut pour effet de réjouir les compositeurs de ballades qui s'attelèrent à la tâche de façon à répandre la nouvelle. Une nouvelle qui réjouissait les Irlandais parce que le cheval qui gagna était d'origine modeste tandis que le perdant appartenait à un riche propriétaire. Le mot skewbald, en anglais, désigne ce type de cheval tacheté. Martin Carthy, qui a interprété une version de la chanson, explique que, selon ses sources, un cheval de ce type serait venu du New England aux Etats-Unis pour courir en Irlande. D'après lui cela se passait en 1847. Le cheval gagne, contre toute attente. D'abord parce que les Irlandais considéraient que les chevaux américains étaient juste bons pour le cirque et ensuite parce que c'était un « skewbald ».
Sans s'arrêter aux dates, nous pouvons retenir d'où vient le nom qui sera transformé en Stewball par la pratique populaire. Nous pouvons aussi retenir que dans l'histoire des courses irlandaises, un cheval de ce type a gagné et que ce fut une sorte de symbole de la victoire du faible sur le fort, du modeste sur le riche, symbole essentiel dans l'histoire de l'Irlande.
On y décrit les deux chevaux et leurs propriétaires ; on y parle des sommes pariées et de la folle course qui s'en suit. Les chevaux vont si vite qu'on pourrait penser qu'ils ne touchent pas le sol. Puis à mi-course, Stewball et son cavalier se mettent à discuter et le cheval demande où en est la jument grise. Le cavalier lui répond qu'elle est un demi-mile derrière eux. Ils gagnent donc rapidement et commandent force sherry, vin et brandy qu'ils boivent ensemble à la santé de la jument. On notera cette allusion à l'alcool nécessaire pour arroser cette victoire. Il faut aussi relever le fait que l'autre cheval est, dans la plupart des versions, une jument grise. Or, il existe un dicton populaire anglais qui dit : « the grey mare is the better horse » ; ce qui, traduit en français, correspond à notre « c'est la femme qui porte la culotte ». Quand on voit comment se termine cette chanson, on peut penser qu'il y a là aussi une connotation symbolique. Y aurait-il une revanche « domestique » de l'homme sur la femme cachée sous cette histoire de course de chevaux ?
